Ancrages

Travail sur la ville de Corbeil-Essonnes réalisé en résidence pour "L'Œil urbain".

Le premier contact avec Corbeil est dur.  Le RER me dépose au pied du cimetière des Tarterets, après avoir traversé une zone industrielle en grande partie en friche, aujourd’hui occupée par ceux qui n’ont rien, transformant alors en bidonville, la richesse industrielle d’avant.Les stigmates de la crise industrielle des années 80 sont omniprésents, renforcés par celle d’aujourd’hui. Le chômage est une réalité depuis si longtemps qu’on n’en parle même plus. On se débrouille autrement, à l’aide de petits boulots, de petits arrangements et d’entraide. Ce dont on parle par contre, c’est de politique, pas à la manière de Platon, mais au travers des affaires, des rumeurs qui poussent à la résignation quant à une certaine idée de la démocratie. Plus ici qu’ailleurs, la question politique est omniprésente mais semble confisquée par les appareils qui sur-jouent leur jeu de pouvoir sur ce micro territoire. La tension est palpable, la météo exécrable, comme pour s’accorder à cet accueil glacial.

Ici,  on est bienvenu, qu’on vienne de Paris ou d’ailleurs, la sincérité est la clé pour toute rencontre. Bien vite, je me rends compte que le partage des souffrances et des joies de chacun tisse un lien si solide entre tous, que ni les transformations urbaines, ni les crises ne semblent l’entamer. Le décor ne sert plus à rien, cette barrière un peu lugubre d’une ville en perpétuelle démolition laisse place à la mise à nu d’une telle humanité, qu’elle envahit tout et rend futile ce sentiment de malaise. Le mauvais temps, l’inconfort et les faits divers troublants vont m’accompagner tout au long de ce séjour paradoxal, et de plus en plus je me sens faire partie de ce fragile équilibre.